vendredi, 22 juin 2012

Analyse, critique, bla-bla.

 
  Revue France Photographie
"Spécial Voyage et aventure"
Analyse d'une photographie par:

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Analyse d'Isabelle Alt
Cadrage frontal serré, composition minimaliste : l'image reste transparente par l'ouverture qu'elle offre sur l'imaginaire, entraînant le spectateur bien au-delà du cadre. Symbole de la communication et des échanges, de la suppression des distances et du rapprochement des peuples, du lointain et de l'ailleurs, le train évoque aussi l'évolution de notre vie intérieure, les nombreuses directions qui nous sont offertes, le choix de celle qui nous convient.
Dans ce dernier wagon, à l'habillage et aux couleurs surannés, je ne lis ni voyageurs ni bagages, rien qui puisse, pour un temps, fixer mon regard, si ce n'est le ton gris-bleu des banquettes qui concourt à créer une atmosphère quelque peu mélancolique. Une ouverture centrale à contre-jour, se découpant sur une lumière immatérielle, le contraint à se poser à l'extérieur sur le réseau ferré, point de focalisation de la composition. L'image suspendue dans un espace mental m'invite à une confrontation : véritable voyage à rebours dans les méandres de ma mémoire, gardienne de mes souvenirs qui, avec le temps, s'estompent à force d'être réarrangés, dans les circuits de mon imaginaire vers ceux qui restent à construire.
La photographie st d'abord un regard, une sensibilité. Par une image très épurée, abolissant toute velléité descriptive, malgré quelques difficultés dans la gestion de la lumière, l'auteur a su restituer avec justesse la poésie d'un lieu soumis à l'action du temps et symboliquement fort.

Analyse de Sylvain Scubbi
L'image peut se décomposer ou se composer en deux parties : l'intérieur d'un wagon de type pullman à la décoration surannée et l'extérieur qui nous ramène plutôt dans la cohue et le stress des trains de banlieue. Le décor intérieur fleure bon le roman d'Agatha Christie, les récits de voyage de Paul Theroux ou, tout simplement, les grandes inscriptions pas trop anciennes sur les wagons de luxe : "Compagnie internationale des wagons lits et des grands express européens".
Ça allait moins vite que le TGV mais ça avait de la classe. Le traitement de la couleur, par légère désaturation et dominante magenta, contribue à cette ambiance. Cet intérieur est en opposition marquée avec la vue externe. On peut y voir, au choix, un monde que l'on quitte pour aller vers des horizons lointains ou, au contraire, un présent peu enviable qui nous poursuit. La composition en croix est peu habituelle mais équilibrée, les deux accoudoirs font reposer l'ensemble de l'image sur des bases solides, les bleus et rouges orangés s'accordent bien mais la partie se trouvant dans la fenêtre ne cesse de m'interpeller : avons-nous à faire à une ou deux images?

Analyse de Philippe Litzler
Cette photo me rappelle irrésistiblement mes lectures de jeunesse, en particulier le Michel Strogoff de Jules Verne !
L'image est prise à l'arrière du dernier wagon, dont le compartiment à l'ancienne fait remonter une bouffée de nostalgie à ceux qui ont beaucoup usé de ce moyen de locomotion... Par la fenêtre, on aperçoit les rails qui s'estompent et suggèrent ainsi une idée de déplacement, même si ce train est peut-être à l'arrêt.
La couleur chaude du bois contraste joliment avec le velours bleu-vert passé des sièges. L'image est divisée en trois verticalement et les parties gauche/droite s'articulent agréablement autour de la porte vitrée. On sent presque l'odeur si particulière de ces compartiments.
Cette vision surannée du voyage fonctionne très bien, même si la photo n'est pas spectaculaire. Elle véhicule cependant (c'est le cas de le dire) l'idée du voyage et le désir d'aventure qui sommeillent en chacun d'entre nous car, si partir c'est mourir un peu, ne pas partir, c'est déjà être mort !

Quand j'ai réalisé cette photographie je n'ai vraiment pas pensé à tout cela...
Juste mon regard sur un passé SNCB qui laisse une ouverture vers d'autres horizons...
[Jacques Delplan]
 

09:01 Publié dans Figuratif, Portrait de | Commentaires (3) |  Facebook |

Commentaires

C'est justement cela qui fait la magie, la force de toute forme d'expression quelle qu'elle soit, et l'élève au rang d'art: les résonances multiples, les émotions et interprétations riches, variées qu'elle suscite...

Écrit par : Frédérique Mahy | vendredi, 22 juin 2012

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Ce que l'on peut dire juste sur un regard est surprenant.Je connais cette photo et ton regard est le miroir de ta sensibilité.

Écrit par : jose | samedi, 23 juin 2012

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Oui...la magie! Tes photos éveillent toujours en nous beaucoup de choses. Certains arrivent à mettre des mots sur leurs émotions tandis que d'autres restent souvent sans voix! :-)

Écrit par : Naima | samedi, 23 juin 2012

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